Maroc, CAN 2025 et Mondial 2030 : comment le Royaume joue son avenir avec 100 milliards d’euros d’investissements
À la veille de la demi-finale très attendue Maroc–Nigeria à Rabat, le Royaume vit au rythme de la CAN 2025, mais l’enjeu dépasse largement le terrain de football. En accueillant à la fois la Coupe d’Afrique des Nations et une partie de la Coupe du monde 2030, le Maroc a engagé une stratégie ambitieuse où le sport devient un levier de transformation économique, sociale et géopolitique, soutenue par un plan d’investissements estimé à près de 100 milliards d’euros dans l’ensemble de l’économie.
Derrière l’euphorie populaire et l’espoir d’un sacre continental, les autorités misent sur un effet d’accélérateur sans précédent pour moderniser les infrastructures, attirer les investisseurs et renforcer le rôle du pays comme hub stratégique entre l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient. Cette vision s’inscrit dans une trajectoire où le Maroc cherche à consolider sa position de plateforme commerciale, logistique et industrielle au cœur des échanges Asie–Afrique et Afrique–Europe.
Un pays en fête, une demi-finale à enjeu
Depuis plusieurs semaines, l’ambiance est électrique autour de la sélection nationale, portée par un parcours solide qui l’a conduite en demi-finale face au Nigeria à Rabat. Les Lions de l’Atlas, déjà auréolés d’un statut renforcé par leurs performances récentes, savent qu’une qualification en finale sur leurs terres aurait une portée symbolique et politique considérable.
Dans les grandes villes comme Casablanca, Rabat, Marrakech ou Tanger, les cafés, places publiques et fan zones se préparent à accueillir des milliers de supporters pour suivre la rencontre. Les autorités locales, elles, en profitent pour mettre en avant les nouveaux stades, les voiries réaménagées, ainsi que les dispositifs de sécurité et de transport déployés pour la compétition.
Le sport comme moteur d’un plan à 100 milliards
Au-delà de la CAN, le Maroc utilise le calendrier sportif comme colonne vertébrale d’un plan d’investissement estimé à plus de 100 milliards d’euros, soit presque l’équivalent de son PIB annuel, destiné à métamorphoser l’économie à l’horizon 2030. Une part de ces investissements est directement liée aux infrastructures sportives et aux équipements nécessaires au Mondial 2030, pour un montant évalué à 5 à 6 milliards d’euros, mais le gros de l’effort porte sur les transports, l’énergie, le tourisme et l’aménagement urbain.
L’objectif est double : d’une part, offrir des stades et des villes à la hauteur des standards internationaux, et d’autre part, capitaliser sur la visibilité planétaire de ces événements pour repositionner le Maroc comme destination privilégiée pour les investisseurs et les touristes. Ce pari s’appuie sur des perspectives macroéconomiques jugées favorables, avec un léger redressement de la croissance anticipé dès le premier trimestre 2026, selon les analyses nationales.
Un hub régional en construction
Les analystes évoquent de plus en plus le Maroc comme un hub stratégique du commerce et de l’investissement entre l’Asie et l’Afrique, mais aussi comme une porte d’entrée vers l’Europe pour de nombreuses entreprises. La combinaison d’infrastructures portuaires modernes, de zones industrielles compétitives, d’accords commerciaux diversifiés et, désormais, de grands événements sportifs, renforce cette position.
Les grandes compétitions jouent un rôle de vitrine, permettant de mettre en avant la stabilité du pays, la qualité de ses infrastructures et le dynamisme de secteurs comme l’automobile, l’aéronautique, l’énergie renouvelable ou le tourisme. En 2025, le Royaume a d’ailleurs battu des records d’arrivées touristiques, rejoignant l’Égypte parmi les destinations les plus visitées d’Afrique, ce qui conforte l’idée que la stratégie d’image et de soft power commence à porter ses fruits.
Emploi, jeunesse et attentes sociales
Derrière les chiffres d’investissements et les grands chantiers, la question de l’emploi reste centrale, en particulier pour la jeunesse marocaine. Les projections évoquent la création de 130 000 à 160 000 emplois liés directement ou indirectement aux grands projets d’infrastructures et à l’organisation des compétitions sportives, dans un pays où le chômage avoisine encore les 13%.
Les autorités insistent sur la dimension inclusive de cette stratégie, en promettant de nouvelles opportunités dans le bâtiment, les services, le tourisme, la sécurité, le digital et la logistique. Dans le même temps, l’opinion publique reste attentive à la répartition des bénéfices de cette croissance, certains acteurs sociaux rappelant que les investissements doivent se traduire par des améliorations tangibles du pouvoir d’achat, de l’accès aux services publics et de la qualité de vie.
Une vitrine mondiale avant 2030
En accueillant la CAN 2025 puis le Mondial 2030, le Maroc espère démontrer sa capacité d’organisation et son sérieux sur la scène internationale. Le pays mise sur une image de modernité, d’ouverture et de stabilité, à l’heure où la compétition entre États pour attirer capitaux, talents et événements majeurs s’intensifie.
Le succès de cette stratégie dépendra à la fois de la qualité de l’exécution des projets, du respect des délais et des budgets, mais aussi de la capacité à intégrer les préoccupations sociales et environnementales dans les politiques publiques. Le football, lui, joue le rôle de catalyseur émotionnel : un parcours héroïque des Lions de l’Atlas à domicile donnerait un supplément d’âme à cette grande transformation, en fédérant population, institutions et partenaires autour d’un même récit national.
Entre passion et risque calculé
Les spécialistes du sport business soulignent que le Maroc prend un pari audacieux, en s’exposant à des risques financiers, politiques et d’image si les retombées ne sont pas au rendez-vous. Les coûts liés aux grands événements peuvent peser lourdement sur les finances publiques si les infrastructures ne trouvent pas de second souffle après la compétition ou si les flux touristiques et les investissements attendus ne se matérialisent pas pleinement.
Pour l’heure, le Royaume semble décidé à transformer cette séquence sportive en moment fondateur, considérant le sport non plus seulement comme un divertissement, mais comme un outil de puissance et de développement. Sur le terrain comme dans les salles où se négocient contrats et partenariats, le match qui se joue dépasse de loin les 90 minutes de la demi-finale contre le Nigeria : c’est l’image et la trajectoire du Maroc à l’horizon 2030 qui sont en jeu.

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