Inondations au nord du Maroc : une mobilisation nationale face à une crise historique
Au nord du Maroc, de violentes intempéries ont déclenché des inondations d’une ampleur exceptionnelle, entraînant l’évacuation de dizaines de milliers de personnes dans plusieurs provinces, notamment Larache, Ksar El Kébir, Sidi Slimane et la région du Gharb. En quelques jours, la montée rapide des eaux des oueds Loukkos et Sebou, combinée au débordement de plusieurs barrages, a transformé des zones rurales et urbaines en véritables champs de boue, coupant des routes et submergeant des quartiers entiers. Les autorités marocaines ont réagi par une vaste opération d’évacuation préventive et de secours, appuyée par les Forces armées royales, la Protection civile et les autorités locales. Cet épisode met en lumière à la fois la vulnérabilité de certaines régions face aux aléas climatiques et la solidarité nationale qui s’organise autour des sinistrés.
Des dizaines de milliers d’évacués en quelques jours:
Depuis la fin de la semaine dernière, les évacuations se sont multipliées dans le nord du Royaume, d’abord autour de Larache et de la ville de Ksar El Kébir, puis dans d’autres localités menacées par la montée des eaux. Les chiffres communiqués par le ministère de l’Intérieur et relayés par plusieurs médias internationaux font état de plus de 50 000 personnes déplacées dans un premier temps, avant que le nombre total d’évacués ne dépasse les 100 000 habitants à mesure que les opérations se sont étendues à d’autres zones à risque. À Ksar El Kébir, ville particulièrement touchée par le débordement de l’oued Loukkos, les autorités évoquent un taux d’évacuation atteignant environ 85% des résidents dans certains quartiers, désormais partiellement abandonnés et inondés. De nombreuses familles ont trouvé refuge chez des proches, tandis que celles qui nécessitent une prise en charge ont été dirigées vers des campements provisoires installés par l’État.
Dans la province de Sidi Slimane et plusieurs douars de la région, les opérations d’évacuation se poursuivent, mobilisant autorités locales, forces de l’ordre, Protection civile et volontaires. Des écoles ont été fermées, comme à Ksar El Kébir où la suspension des cours a été prolongée pour protéger les élèves et permettre l’utilisation de certains bâtiments publics comme points d’accueil. Si aucun bilan humain particulièrement lourd n’a pour l’instant été signalé dans ces dernières vagues d’inondations, la situation reste jugée à haut risque en raison des prévisions météorologiques et de la saturation de plusieurs ouvrages hydrauliques.
Barrages sous tension et terres agricoles sous l’eau:
Au cœur de cette crise se trouvent plusieurs barrages stratégiques du nord du Maroc, notamment le barrage Oued Makhazine, qui a atteint voire dépassé son seuil critique. Pour soulager la pression, des lâchers d’eau contrôlés ont été effectués, contribuant mécaniquement à l’augmentation du niveau des oueds en aval et à l’inondation de plaines agricoles déjà saturées. Cette situation affecte particulièrement le Gharb, vaste région de plaines peu inclinées, essentielle pour la culture du blé et d’autres produits agricoles, où les eaux stagnent difficilement après de longues périodes de pluies.
Les chiffres relayés indiquent que les précipitations de cette saison ont été environ 215% plus élevées que l’année précédente et 54% au-dessus de la moyenne historique, un contraste saisissant après plusieurs années marquées au contraire par le déficit hydrique. Des champs entiers se retrouvent submergés, menaçant les récoltes, les revenus des agriculteurs et l’approvisionnement de certaines filières agroalimentaires. Au-delà de l’urgence humanitaire, c’est donc aussi une question de sécurité alimentaire et d’équilibre économique régional qui se pose. Les autorités surveillent de près plusieurs barrages et axes hydrauliques, afin d’ajuster en temps réel les lâchers, prévenir les ruptures et limiter l’extension des zones sinistrées.
Armée, Protection civile et citoyens : une solidarité à grande échelle:
Face à l’ampleur des dégâts, la mobilisation est nationale, structurée autour des institutions mais nourrie aussi par une forte dynamique citoyenne. Sur hautes instructions du Roi Mohammed VI, les Forces armées royales ont été déployées pour soutenir les opérations de secours, avec des unités spécialisées, des moyens logistiques et des hélicoptères pour les zones les plus difficiles d’accès. L’armée participe à l’évacuation des habitants, à la mise en place de ponts aériens, au renforcement des digues temporaires et à l’acheminement de vivres, de tentes et de matériel médical vers les camps d’accueil.
Parallèlement, les autorités locales, la Protection civile et les services de santé coordonnent l’accueil des sinistrés, la prise en charge des blessés et la prévention des risques sanitaires liés à l’eau stagnante et aux conditions de promiscuité dans certains abris. Des campagnes d’aide et de dons se multiplient via des associations, des entreprises et de simples citoyens, qui organisent des collectes de couvertures, vêtements, denrées non périssables et produits d’hygiène. Des témoignages recueillis sur le terrain soulignent le rôle des réseaux sociaux pour coordonner hébergements solidaires, convois de nourriture et relais d’informations urgentes destinées aux personnes isolées.
Un signal fort du dérèglement climatique:
Ces inondations spectaculaires interviennent dans un contexte où le Maroc, à l’instar de nombreux pays de la région, est de plus en plus exposé aux effets du changement climatique. Après plusieurs années marquées par la sécheresse et la baisse inquiétante des réserves en eau, le pays fait aujourd’hui face à l’extrême inverse : des pluies diluviennes concentrées sur de courtes périodes, dépassant largement les normales saisonnières. Les experts climatiques mettent en avant la multiplication de ces épisodes extrêmes, alternant sécheresses prolongées et inondations violentes, comme l’un des marqueurs les plus visibles du dérèglement en cours.
Pour le Maroc, cette situation relance le débat sur l’aménagement du territoire, la gestion des bassins versants et la résilience des infrastructures. La nécessité de renforcer les systèmes d’alerte précoce, d’adapter l’urbanisme dans les zones inondables et de protéger les infrastructures critiques (routes, ponts, réseaux électriques) s’impose avec acuité. Dans le même temps, cette crise rappelle l’importance de politiques publiques intégrant à la fois la lutte contre la sécheresse et la gestion des excès d’eau, afin de transformer ces épisodes pluvieux exceptionnels en opportunité pour recharger durablement les nappes et barrages, plutôt qu’en catastrophe pour les populations.
Alors que les pluies commencent à se calmer dans certaines régions, l’heure est encore à la vigilance et à la solidarité, avec un défi majeur : reconstruire, indemniser et accompagner les sinistrés, tout en tirant les leçons d’un épisode qui pourrait bien annoncer les réalités climatiques des prochaines années.

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