Les avocats du Maroc paralysent les tribunaux ce 6 janvier : une fronde inédite contre la réforme de la justice.

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Un bras de fer national qui paralyse la justice

Ce mardi 6 janvier 2026, les tribunaux du Royaume tournent au ralenti, voire s’arrêtent totalement, sous l’effet d’une grève nationale générale des avocats marocains. L’Association des barreaux du Maroc (ABAM) a appelé à un arrêt complet des prestations professionnelles dans l’ensemble des juridictions, transformant cette journée en test de force face au ministère de la Justice.

Selon les communiqués de l’ABAM, le mouvement se veut un avertissement « ferme » contre la mouture finale d’un projet de réforme jugé défavorable à la profession, notamment sur les plans fiscal, organisationnel et procédural. Les audiences civiles, commerciales, pénales et administratives sont ainsi fortement perturbées, avec des reports en chaîne qui touchent directement justiciables et entreprises.

Les raisons profondes de la colère des avocats

Au cœur de la contestation, les avocats dénoncent une réforme préparée sans concertation suffisante et qui, selon eux, met en péril l’indépendance de la profession. Plusieurs syndicats et barreaux reprochent au ministère d’imposer de nouvelles obligations fiscales et déclaratives jugées lourdes, dans un contexte économique déjà tendu pour une partie des cabinets, notamment les plus petits.

Les griefs portent également sur certaines dispositions procédurales, perçues comme limitant le droit à la défense et alourdissant les formalités pour les justiciables. Les représentants des barreaux estiment que la réforme, telle qu’elle est présentée, risque d’accroître les inégalités d’accès à la justice, en renchérissant de facto le coût des procédures pour les citoyens.

Impact immédiat sur les justiciables et l’économie

Dans de nombreux tribunaux de première instance et cours d’appel, les salles d’audience restent vides d’avocats, obligeant les magistrats à renvoyer la majorité des dossiers. Pour les justiciables, cette journée de grève se traduit par des retards supplémentaires dans des affaires parfois en souffrance depuis des mois, qu’il s’agisse de litiges familiaux, de dossiers sociaux ou de contentieux commerciaux.

Les milieux économiques suivent également de près cette paralysie, les entreprises dépendant de la célérité des décisions de justice pour sécuriser leurs contrats, recouvrer leurs créances ou résoudre des conflits avec leurs partenaires. Dans un pays où le gouvernement vise une croissance solide autour de 4,5% à l’horizon 2026, toute dégradation durable du fonctionnement de la justice serait de nature à peser sur le climat des affaires et l’attractivité des investissements.

Une tension qui survient dans un contexte social sensible

Cette grève des avocats s’inscrit dans un contexte social marqué par des revendications récurrentes sur la qualité des services publics et l’accès aux droits fondamentaux. Ces dernières années, plusieurs mouvements ont mis en lumière la pression sur le système judiciaire et la demande croissante d’une justice plus rapide, plus transparente et plus accessible, en particulier pour les populations les plus vulnérables.

En parallèle, le gouvernement poursuit d’importantes réformes économiques et sociales, tout en essayant de contenir le déficit budgétaire et de financer des chantiers prioritaires comme la protection sociale et la reconstruction post-séisme. Dans ce contexte, la réforme de la justice et de la fiscalité des professions libérales, dont celle des avocats, s’inscrit dans une stratégie plus large d’élargissement de l’assiette fiscale et de modernisation de l’État, mais elle se heurte à de fortes résistances corporatives.

Quelles perspectives de sortie de crise ?

Face à l’ampleur de la mobilisation annoncée, plusieurs observateurs estiment que le gouvernement n’aura d’autre choix que de rouvrir un canal de dialogue approfondi avec les représentants des barreaux. Les avocats réclament une révision substantielle du texte contesté, ainsi qu’une approche participative qui prenne en compte la réalité quotidienne des tribunaux et les contraintes de la défense, particulièrement dans les petites juridictions.

Des sources proches du dossier n’excluent pas la possibilité d’actions escaladées si aucun compromis n’est trouvé, allant de nouvelles journées de grève à des formes plus ciblées de ralentissement des procédures. À l’inverse, une issue négociée pourrait transformer cette crise en opportunité pour bâtir une réforme plus équilibrée, conciliant impératifs de modernisation, exigence de transparence fiscale et préservation des droits de la défense, pierre angulaire de l’État de droit au Maroc.

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