Maroc : les barrages se remplissent, la sécheresse recule enfin après sept ans d’alerte
Depuis plusieurs années, la question de l’eau est devenue l’une des préoccupations majeures des Marocains, qu’ils soient agriculteurs, industriels, citadins ou responsables politiques. À la date du mercredi 28 janvier 2026, un cap symbolique vient d’être franchi : les barrages du Royaume affichent un taux de remplissage global de 55,2%, soit près de 9,2 milliards de mètres cubes d’eau disponibles, quasiment le double du niveau observé à la même période en 2025. Après sept années marquées par une sécheresse persistante, le pays semble enfin sortir de ce cycle hydrique critique, porté par des épisodes de pluies et de chutes de neige particulièrement abondants depuis le début de la saison.
Ce redressement n’est pas une simple amélioration conjoncturelle, mais un véritable tournant pour un pays où l’eau conditionne à la fois la sécurité alimentaire, la stabilité sociale et l’attractivité économique. Dans certaines régions, les nappes phréatiques montraient déjà des signes d’épuisement, tandis que plusieurs barrages avaient atteint des niveaux de remplissage historiquement bas. En l’espace d’une année, le Maroc est passé d’un taux de remplissage d’environ 27,6% à plus de 55%, traduisant l’impact cumulé de précipitations soutenues et d’une politique active de mobilisation des ressources hydriques.
Les nouvelles données sur les barrages confirment cette dynamique positive. Avec près de 9,2 milliards de mètres cubes stockés, la marge de manœuvre des autorités s’élargit pour sécuriser l’approvisionnement en eau potable des grandes villes, mieux accompagner les campagnes d’irrigation et soutenir les secteurs les plus dépendants de la ressource. Ce niveau reste encore en deçà du potentiel maximal de l’infrastructure hydraulique marocaine, mais il marque une rupture nette avec les années de stress hydrique aigu.
Pour les agriculteurs, en première ligne face aux aléas climatiques, ce regain d’eau représente un souffle d’air frais. Bon nombre de filières, en particulier les cultures irriguées et les vergers, ont souffert de réductions drastiques des dotations en eau, voire d’interruptions d’irrigation dans certaines zones. La remontée du niveau des barrages ouvre la voie à une reprogrammation plus ambitieuse des campagnes agricoles, à une meilleure sécurisation des calendriers de semis et à une réduction, au moins partielle, des pertes économiques accumulées ces dernières années.
Au-delà du monde rural, la situation hydrique retrouvée rassure également les centres urbains, fortement dépendants des transferts d’eau et des grands ouvrages de stockage. Plusieurs villes avaient mis en place des mesures de restriction, allant de la réduction de la pression nocturne à l’interdiction d’usages jugés secondaires, comme l’arrosage excessif ou le lavage des espaces publics. L’amélioration actuelle ne signifie pas la fin de la vigilance, mais elle permet de desserrer l’étau et d’envisager une gestion plus souple, tout en gardant à l’esprit que le changement climatique impose des adaptations durables.
Ce retournement de tendance ne repose pas uniquement sur la clémence récente du ciel. Depuis plusieurs années, les autorités marocaines ont multiplié les chantiers structurants en matière d’eau, qu’il s’agisse de la construction de nouveaux barrages, de l’interconnexion des bassins, du développement des stations de dessalement ou du renforcement des campagnes de sensibilisation à l’économie de la ressource. Ces investissements prennent aujourd’hui une dimension particulière : combinés à une pluviométrie plus favorable, ils permettent au pays de tirer pleinement parti de chaque épisode pluvieux et de mieux répartir l’eau sur le territoire.
La sortie officielle du cycle de sécheresse qui a duré sept ans, confirmée par des observateurs spécialisés, illustre la portée de cette convergence entre politique publique et phénomène climatique. Les récentes précipitations, associées aux chutes de neige en altitude, ont alimenté aussi bien les barrages que les nappes, contribuant à restaurer une partie du déficit accumulé. Dans certains massifs, les réserves nivales constituent même un stock stratégique qui continuera d’alimenter les cours d’eau et les retenues dans les semaines à venir.
Pour autant, la tentation de considérer cette embellie comme une sortie définitive de crise serait dangereuse. Les spécialistes rappellent que les cycles de sécheresse risquent de devenir plus fréquents et plus intenses sous l’effet du réchauffement climatique, en particulier dans les régions méditerranéennes et nord-africaines. Le Maroc, souvent cité comme pays pionnier en matière de politique de l’eau, doit donc transformer cette accalmie en opportunité pour accélérer la transition vers une gestion encore plus intégrée, sobre et résiliente.
Sur le plan économique, l’impact de ce rebond hydrique pourrait se faire sentir dès les prochains mois. Une campagne agricole mieux arrosée peut soutenir la croissance, limiter l’inflation liée aux produits alimentaires et renforcer les revenus dans les zones rurales, souvent les plus fragiles socialement. À moyen terme, une situation hydrique plus confortable améliore également l’image du pays auprès des investisseurs, qu’ils interviennent dans l’agro-industrie, le tourisme, l’industrie ou les services.
Politiquement, cette amélioration offre aussi un répit à un exécutif régulièrement interpellé sur la gestion de l’eau et la lutte contre les effets du changement climatique. Les chiffres du jour, avec un taux de remplissage en hausse de près de 98% par rapport à l’an dernier, fournissent des éléments tangibles pour illustrer l’efficacité combinée des politiques engagées et des conditions météorologiques redevenues plus favorables. Ils rappellent néanmoins que la responsabilité des pouvoirs publics reste engagée sur le long terme, notamment pour réduire les pertes dans les réseaux, encourager les économies chez les grands consommateurs et soutenir les innovations dans l’agriculture et l’industrie.
Pour les citoyens, la nouvelle est porteuse d’espoir, mais aussi de devoirs. L’expérience des dernières années a ancré, dans l’opinion, la conscience que l’eau est une ressource rare, vulnérable et stratégique. Même avec des barrages à plus de 55% de leur capacité, le réflexe d’économie, la lutte contre le gaspillage et le soutien aux politiques de préservation devront rester ancrés dans les habitudes, à la maison comme dans les entreprises.
En ce 28 janvier 2026, le Maroc tourne ainsi une page lourde de défis, celle d’une sécheresse prolongée qui a marqué durablement les esprits et les territoires. La remontée spectaculaire du niveau des barrages et la fin officielle d’un cycle de sept années de déficit hydrique redonnent de la visibilité à l’agriculture, de la sécurité aux villes et un signal positif à l’économie. Reste désormais à transformer cette embellie en véritable stratégie de long terme pour faire de l’eau, plus que jamais, un levier de développement durable et un pilier de la souveraineté nationale.

Commentaires récents