Maroc : les barrages se remplissent enfin, un bol d’air pour un pays assoiffé

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Au 5 janvier 2026, le Maroc respire un peu mieux : les barrages du Royaume affichent un taux de remplissage global de 42,5%, soit un volume cumulé de 7.123,4 millions de mètres cubes, en hausse de près de 48,9% sur un an. Ce rebond hydrique, longtemps attendu dans un pays durement touché par la sécheresse, change la donne pour l’alimentation en eau potable, l’irrigation agricole et la production d’électricité hydraulique. À l’heure où les épisodes climatiques extrêmes se multiplient, ces chiffres redonnent espoir mais rappellent aussi l’urgence de consolider une gestion durable de la ressource.

Des chiffres qui marquent un tournant

Les derniers relevés officiels montrent une progression spectaculaire des volumes stockés par rapport au début de l’année 2025, avec un gain d’environ 2.342,1 millions de mètres cubes. Concrètement, cela signifie que l’équivalent de plusieurs grands barrages supplémentaires a été engrangé en une seule année hydrologique, grâce à des précipitations plus abondantes et mieux réparties. Cette amélioration intervient après une période où les niveaux étaient descendus à des seuils critiques, mettant en tension tout le système d’approvisionnement en eau.

Derrière ce pourcentage global de 42,5%, la situation reste toutefois contrastée selon les bassins hydrauliques, certains ayant retrouvé des niveaux confortables là où d’autres demeurent fragiles. Les grands barrages à vocation multiple – eau potable, irrigation, industrie – sont particulièrement scrutés, car ils conditionnent directement la sécurité hydrique des grandes villes et des principaux périmètres agricoles.

Soulagement pour l’eau potable et les villes

Pour des millions de Marocains, cette hausse des réserves se traduit d’abord par une baisse du risque de coupures et de restrictions en eau potable, qui avaient été mises en place ou envisagées dans plusieurs régions ces dernières années. Les opérateurs du secteur de l’eau disposent désormais de marges de manœuvre plus importantes pour sécuriser l’alimentation des grands centres urbains comme Casablanca, Rabat, Marrakech, Fès ou Agadir.

Cette amélioration permet aussi de réduire le recours à des solutions d’urgence coûteuses, comme le transfert d’eau sur de longues distances ou la mobilisation intensive des nappes souterraines déjà surexploitées. Les autorités peuvent ainsi mieux planifier la saison estivale 2026, traditionnellement la plus sensible, avec une visibilité accrue sur les capacités de stockage.

Un coup de pouce décisif à l’agriculture

Le secteur agricole, premier consommateur d’eau du pays, sera l’un des grands bénéficiaires de ce rebond des barrages. Après plusieurs campagnes plombées par le déficit de pluie, les agriculteurs espèrent une meilleure disponibilité de l’eau d’irrigation, en particulier dans les périmètres irrigués structurés.

Une amélioration des dotations en eau peut se traduire par une reprise des surfaces irriguées, un meilleur rendement des cultures et une réduction des pertes subies par les exploitations familiales comme par les grandes fermes. Cela pourrait également contribuer à stabiliser certains prix agricoles sur les marchés intérieurs, en limitant les chocs de production liés à la sécheresse.

Impact sur l’énergie et la facture du pays

Les barrages marocains ne servent pas uniquement à stocker de l’eau pour la consommation humaine et l’agriculture, ils jouent aussi un rôle clé dans la production d’électricité d’origine hydraulique. Avec des retenues plus remplies, le potentiel de production hydroélectrique augmente, offrant une alternative plus propre et moins coûteuse aux énergies fossiles importées.

Cette amélioration peut contribuer à alléger la facture énergétique du pays, à renforcer la sécurité d’approvisionnement et à consolider la transition vers un mix plus diversifié, complémentaire des énergies solaire et éolienne. Dans un contexte de volatilité des prix internationaux de l’énergie, ce levier domestique est loin d’être négligeable.

Des pluies bienvenues, mais la vigilance reste de mise

La remontée des niveaux des barrages s’explique en grande partie par un retour de précipitations plus importantes au cours des derniers mois, avec des épisodes pluvieux et neigeux plus marqués sur les chaînes de l’Atlas. Ces apports ont permis de recharger les retenues mais aussi, partiellement, certaines nappes phréatiques essentielles pour l’approvisionnement rural.

Pour autant, les experts rappellent que quelques bonnes saisons ne suffisent pas à effacer des années de déficit hydrique cumulées. Le Maroc reste situé dans une zone particulièrement vulnérable au changement climatique, avec une tendance de fond à la baisse des précipitations et à l’augmentation des températures.

Une gestion de l’eau appelée à se transformer

Cette embellie arrive alors que le Maroc accélère le déploiement de grands chantiers structurants : interconnexion des bassins hydrauliques, construction de nouvelles stations de dessalement d’eau de mer et réutilisation des eaux usées traitées pour l’irrigation et certains usages industriels. Ces projets visent à réduire la dépendance exclusive aux pluies et à sécuriser l’approvisionnement à long terme, en particulier pour les régions littorales.

Parallèlement, les autorités mettent l’accent sur la maîtrise de la demande à travers la modernisation des réseaux d’irrigation, la lutte contre les fuites dans les systèmes de distribution et la sensibilisation des citoyens à une consommation plus responsable. La hausse actuelle des réserves ne doit donc pas être perçue comme un retour à l’abondance, mais comme une fenêtre d’opportunité pour accélérer les réformes et consolider la résilience hydrique du pays.

Un signal positif pour 2026, entre espoir et responsabilité

L’année 2026 s’ouvre ainsi sur un signal positif : l’eau revient dans les barrages et avec elle une certaine forme d’optimisme économique et social. Pour les ménages, les agriculteurs, les industriels et les responsables publics, cette amélioration offre un terrain plus favorable pour planifier l’avenir proche.

Mais ce répit s’accompagne d’une responsabilité collective : celle de tirer les leçons des années de sécheresse, de renforcer la culture de l’économie d’eau et de soutenir les investissements stratégiques dans les infrastructures et les technologies hydriques. Le remplissage des barrages au 5 janvier 2026 apparaît ainsi comme un moment charnière, non pas la fin d’une crise, mais le début d’une nouvelle phase où chaque goutte comptera encore plus qu’hier.

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